samedi 28 février 2009

Quand on cesse de boire


Tu te réveilles sans soleil,
la bouche pleine de souvenirs.

Les reflux flous de sperme, de sueur et d'alcool,
les taches sur les draps, sur ton ventre,
l'odeur étouffante de la chambre,
comme arguments.

On ne parle pas de délicate madeleine, ça n'a rien à voir,
t'as l'air inquiétant qu'ont les anciens comateux.

La bouteille de vin traînant sur la table de nuit
et la coupe, que tu emplis,
te convainquent des aveux ridicules que tu lui as faits.

Ta sélection de songs to fuck joue toujours en boucle,
comme un carrousel qui rend fou.

T'as mal au cœur.
Arrête de boire.
Tu n'vomiras pas tes amours-défaites.

Va t'étendre dans ce lit vide
t'éteindre comme une étoile morte.

lundi 23 février 2009

Regard coulé en biais
du mercure dans ton foie
tu la veux Bel objet
loin d'être une oeuvre d'art

ses lèvres closes en un sourire
ses yeux fardés de tes désirs
tes mains habituées aux caresses
sur ce corps comme les autres

elle pleure quand elle jouit
et tes yeux brillent comme si...

elle te fera vivre
tout c'que tu voudras croire
ton sexe dans sa bouche
faite sur mesure

un jeu
elle répète
avec son air gamin

tu ne l'aimeras jamais
et elle le sait.

dimanche 22 février 2009

elle rêve de le faire chier
à coups de masse
dans le bas-ventre


elle rêve de l'émasculer
sans majuscules
sans dentelles


d'un coup grossier
de machette rouillée
sur ce sexe


qu'elle tranchera
pour l'en gaver
jusqu'à c'qu'il vomisse.

lundi 16 février 2009

Quand on prend le temps de penser le temps.

Voilà, il se souvient de ses dix-sept ans.
Cet âge impétueux où l'on se croit poète, où l'on se voit messie, où l'on croit à notre potentiel sans un sourcillement.
Un coeur à embrasser toutes les causes humanistes, il se rappelle.
Cette volonté qu'il avait de sauver le genre humain, et les animaux, et l'environnement, et les arts. Il y croyait, à la paisible beauté.

Son allure d'enfant bohème.
Les cheveux longs, ses rastas, sans un poil au menton.
Ça le fait sourire, malgré lui.

Il traînait sur le terrain du Cégep, entre ses cours de politique et d'économie, une bière à la main, une cloppe à la gueule, et des cigares, parfois, pour faire changement.

Il s'est cherché, pendant trois ans, un métier à aimer, quelque chose de pas trop chiant, quelque chose de pas trop écoeurant.
Rien trouvé.

Alors, il a voyagé, pour voir le monde, pour être moins con, il disait.
Y'est revenu les yeux cernés, pochés, crevés, le teint vieilli de quelques années.
Il ne souriait plus souvent.

Maintenant, il approche la trentaine.
Vit dans un deux et demi, y'a pas besoin de quoi que ce soit, il dit.
Convaincu de n'avoir plus rien à aimer,
excepté ses vieux disques et ses cigares, pour passer le temps.

samedi 14 février 2009

Quand on veut lire l'amour.

Aimer une personne, c'est se donner la peine d'être génial, d'être tout ce que l'on croit possible, pour l'épater.
Aimer, c'est risquer la totalité.

C'est être assez lucide pour comprendre que les sentiments sont provisoires...
mais assez fou pour vouloir prouver le contraire.



Aimer : cette angoisse de la péremption, conjuguée au désir de perdurer.



Aimer, c'est se sentir bénéfique, justifié, quand l'autre pose son regard sur nous.

Aimer, ce n'est pas se restreindre à l'exclusivité : c'est se choisir mutuellement, chaque jour, dans l'univers infini des possibilités.

Aimer, c'est rarement dire "Je t'aime"
mais bien souvent, c'est taire ce que les mots ne peuvent exprimer.

mercredi 11 février 2009

Quand on se sent philosophe et un peu seul.

T'es encore jeune.
Début vingtaine et un visage d'enfant...
et ces sourires que tu y déploies pour plaire aux gens.



Ces gens que tu repousses farouchement.

Ces gens qui te donnent envie de vomir,
et toujours envie de crever.

Ces gens dont tu ne te soucies pas,
mais pour qui tu pleures, les nuits d'insomnie.

Ces gens pour qui tu fais tant d'efforts malgré tout.



Tu te broies le coeur pour leur jouissance.
Ils te tiennent dans cette paume, qu'ils referment peu à peu.

T'es encore jeune, mais un peu moins frais.
Début vingtaine et un visage d'adolescent.

Parfois, tu t'sens comme un vieillard,
trop usé, trop seul, pour croire à la pérennité des choses.

vendredi 6 février 2009

Quand la vie est une femme hideuse qui te baise.

Aujourd’hui, tu traverserais l’intersection sans regarder sur les côtés. Tu fermerais même les yeux, pour ne pas être tenté de tricher, et te boucherais les oreilles, pour ne rien prévoir.

Aujourd’hui, tu tournerais toute la nuit dans le sens contraire d’un carrefour giratoire, vêtu de noir et cagoulé.

Tu marches en pleurant. Tu réfléchis encore, et c’est toujours trop. Il fait froid. Tu as les cils givrés et les lèvres gercées. Il y a du sang qui en coule, de tes lèvres. Tu te sens comme une plaie.

Un homme vient vers toi.
Tu imagines que sa main droite, dans la poche, tient un poignard.

Tu imagines que tu seras sa victime.
Un coup à l’aine, tu espères, pour te remettre les idées en place.

Tu as la lame sur la gorge, pourtant, et tu appuies sur le métal froid pour l’enfoncer.
Il est, l’homme, un peu ahuri, et tu éclates de rire, avec ce qu’il te reste de gorge.

Mais il passe, en fait, sans sortir son arme. Tu as envie de le suivre, de lui toucher l’épaule en lui demandant s’il tient un couteau… Mais tu ne le fais pas.

Tu te contentes d’avancer avec ce corps anesthésié par le froid et l’amertume.
Il y a, là, un boulevard à traverser.
Quatre larges voies.

Tu fermes les yeux, tu écrases tes mains sur tes oreilles, comme pour les réchauffer, et tu te dis : « Je compte jusqu’à dix, et je m’élance quoiqu’il arrive. »

Les secondes s’écoulent lentement. Elles semblent toujours longues dans l’attente.
T’es une roulette russe.

Neuf. Dix.