vendredi 4 septembre 2009

mercredi 24 juin 2009

Je n'écrirai plus ici.
C'est tout.


dimanche 14 juin 2009

On attend



jusqu'à la dernière minute




que ça se nettoie, que ça sèche
que ça soit libre, que ça soit nécessaire
que ça soit possible, que ça fasse mal
que ça arrive, que ça change

on attend encore

que ça s'arrête, que ça guérisse
que ça passe, que ça marche
que ça aille mieux, que ça pourrisse
que ça meurt.

City and colour: état d'esprit.


1.




2.

jeudi 4 juin 2009



Croquer dans les grains de poivre vert
laissés à sécher dans l'assiette qui traîne;
Se couper les ongles trop courts pour se faire mal;
Jouer Something des Beatles à la guitare,
et vouloir aimer une autre femme pour la lui chanter;
Tuer les parasites en les écrasant entre ses doigts;
Réparer des tiroirs et installer des rideaux à deux dollars;
Se chapeauter pour aller marcher;




Ça va bien.

mercredi 3 juin 2009

Bien comme il faut

Est-ce qu'on peut arrêter de faire attention, de se surveiller, de rester au confort, dans la norme ?
Serait-il possible de se parler honnêtetement, en cessant d'être politically correct, et de se dire ce que l'on pense, même si ça peut choquer ? Où sont ces gens, merde, qui préfèrent la vérité à la gentillesse !? qui aiment repousser les limites, pour savoir jusqu'où ils peuvent aller?

Être comme il faut, quelle connerie.
Si on est pour se répéter les mêmes âneries d'idées reçues, années après années, taisons-nous à l'instant.

mardi 2 juin 2009

Ils l'ont dit mieux que moi. (4)


1.

Vladimir. - Mais tu ne peux pas aller pieds nus.

Estragon. - Jésus l'a fait.

Vladimir. - Jésus! Qu'est-ce que tu vas chercher là! Tu ne vas tout de même pas te comparer à lui?

Estragon. - Toute ma vie je me suis comparé à lui.

Vladimir. - Mais là-bas il faisait chaud! Il faisait bon!

Estragon. - Oui. Et on crucifiait vite.




2.

Estragon. - Ne me touche pas! Ne me demande rien! Ne me dis rien! Reste avec moi!

Vladimir. - Est-ce que je t'ai jamais quitté?

Estragon. - Tu m'as laissé partir.





Samuel Beckett, En attendant Godot.

dimanche 31 mai 2009

un air de guit'

allô
viens
t'en
ok?
__
un
air
de
guit'
ce
que
tu
veux
pour
être
bien
bien accotés
l'un et l'autre
sur le divan brun
qui ne sent pas bon
je te montrerai à jouer
les accords en mineur
et un jour tu me feras
une longue ballade
à l'air triste



le vent sèchera tes larmes

il n'a pas eu le temps de te voir à travers la vitre...
tu avais disparu; le train est parti, est passé trop vite, pour t'arrêter une dernière seconde devant lui

toujours partir toujours être ailleurs
tout ce que tu sais faire avec un peu de talent
t'en avais mal au cœur de te savoir disponible
t'as pris un ticket, ils ne l'ont jamais su



tu as bien fait de tout quitter
ne te retourne pas

jeudi 21 mai 2009

Des fois, on s'prend pour une photographe




Tais-toi, connasse.

Peu importe où t'iras, y'aura jamais personne pour t'attendre.
Tu peux ben brailler pis passer tes journées à espérer, ou voir un psy pour lui demander c'qui se passe... Ça changera rien: T'as un air de marde insupportable, pour tous ceux qui ont un peu d'jugement.

mercredi 20 mai 2009

Mourir aux yeux des autres pour exister.

les choses peuvent être dites et comprises, sans pour autant signifier quoi que ce soit pour l'autre / les vérités peuvent prendre leur sens longtemps après avoir été énoncées, comme les parents qui disent à leurs enfants Quand tu auras mon âge, tu sauras et l'on sait, en effet, plus tard mais toujours assez tôt.



mardi 19 mai 2009

Tout ce que l'on dit

Dis-lui que ça en vaut la peine
que ça, c'est toujours quelque chose de plus que rien.

Dis-lui que ses mots, qu'elle laisse traîner partout
ne se perdent pas, et qu'ils trouvent
des oreilles à habiter.

Dis-lui que tu penses à elle le jour
que tu y rêves la nuit
qu'il t'arrive de ne pas dormir quand elle te gruge le ventre.

Elle se ruine sous son maquillage
regarde ses yeux qui s'enfoncent
et ses sourires qui craquent.

Dis-lui qu'elle compte, qu'elle signifie
que tu lui ferais l'amour,
même si elle avait le sida.

dimanche 17 mai 2009

Écouter pour mieux s'entendre

Vous avez mis la musique qu'il faut
celle qui peut tout dire ce que vous taisez
celle qui vous explose le cœur au lieu d'y mettre de l'onguent
sans plus avoir peur de ressentir
et vous vous affrontez sans merci

et au lieu de vous contenter de peu et de
vous satisfaire du médiocre
voilà que
vous cessez de vous aimer avant tout et pouvez en aimer une
qui en vaille la peine
sans plus avoir peur de ressentir
et vous vous affrontez sans merci.

Ils l'ont dit mieux que moi. (3)

Laisse les jours passés, laisse ce qui t'est le plus cher.
Dénude les heures une à une, va au plus près, détache les fils
qui se sont tissés malgré toi. Ta cage, seul port possible,
s'élargira mais ne disparaîtra pas. Ne crains rien,
tu seras absent sûrement, va, trouve la vraie mesure
de ta prison et les jours te seront légers.


Alain Rochat, dans Fuir pour être celui qui ne fuit pas.

vendredi 15 mai 2009

je m'excuse d'avance, elle a dit,
pour toutes les fois où je te décevrai
mais je ne peux pas faire autrement
tu me blesseras aussi, ce n'est pas grave
il n'y aura rien de grave, il lui a dit,
et on se crèvera le coeur sans pleurer
je sais que je serai ta finalité

et un baiser qu'ils échangent sur leurs plaies
longtemps cachées sous les pansements
l'air leur fera mal
c'est ce qu'il faut
aux coeurs qui font défaut
il s'avance vers eux et s'excuse de les déranger
un verre de fort qu'il tient, du scotch peut-être
un fort accent italien
on comprend l'essentiel
il est vieux, pas très beau
plutôt édenté mais encore chevelu

il dit Ce qu'elle est belle, votre copine
il dit qu'il les trouve beaux d'aimer et de vivre

il ouvre les bras, il discourt, renverse un peu d'alcool
un vrai messie, un peu éméché

ils ont fini leurs bières, se lèvent pour partir
la serveuse lui demande de se taire
et il demeure debout
sans plus de public

vendredi 24 avril 2009

Quand on-l'pensait-pas-d'même

Y'a les meurtriers.
Y'a ceux qui veulent pas déplaire.

Les deux types sont des tous de cul.


Voyez l'genre:

- Ç'fait 22 ans que j'habite icitte, moé, avec Francine. Pis lui, ben c'tait not' voisin d'puis... d'puis combien d'temps d'jà, Francine?
- D'puis 15 ans!
- On n'aurait jamais pensé ça d'Michel... Sa femme pis ses trois enfants... On n'aurait jamais cru ça. Y'était ben d'adon, t'jours un beau sourire. On l'pensait pas d'même, non, on l'pensait pas d'même...


J'espère, Bobby, que t'es su'l cul... parce que l'Michel en question, l'gars avec qui tu buvais d'la bière sur ton patio neuf pis qui faisait "des maudits bons hot-dogs", il vient de dépecer sa famille-ben-ordinaire en petits morceaux... I' s'est même tiré une balle, tsé, le classique.

Toé aussi, t'es un classique, mon Bobby, celui du voisin-innocent-qui-dit-la-même-osti-d'affaire-que-tous-les-autres-voisins-innocents...
COME ON, MAN!
Serais-tu resté à côté d'Michel pendant 15 ans, à manger ton roteux moutarde-relish, si t'avais su qu'il était du type à... TUER?
Innocent, moron, sans génie d'crisse.





Pis toé, l'gros, tu pensais que j't'oublierais?
Ben non, i'm'reste encore un peu de fiel de vieille bitch.
Toé, t'es l'autre genre de crosseur... L'genre qui est donc gentil pis qui veut faire plaisir. Celui qui est trop gentil pour l'être vraiment.

Elle t'avait même pas encore laissé, que tu fourrais d'jà avec ton ex. Pis, quand 'est partie en voyage... t'en as juste profité pour fourrer plus souvent... SANS CONDOM, évidemment, parce que t'es un innocent, toé 'si.

C'quoi qu'tu m'dis?
Qu'elle t'avait trompé, elle aussi? Avec ton chum de gars?
Eh ben, c't'une osti d'bonne raison pour faire pareil, hein? Surtout quand tu sais pertinemment quelle marde ça a fait?

Faque vous avez fini par vous laisser, mais vous avez continué à baiser, pis quand elle te demandait si tu avais baisé avec une autre, parce que si c'tait l'cas, vous alliez vous protéger... eh ben, tu lui disais qu'non!
Un trou, c't'un trou, c'est ça qu'on dit, hein!
Tu lui faisais même le show du gars qui s'ennuie, avec les grosses larmes, le drama, les "je suis bien avec toi".

Ah, pis ta défaite, c'est quoi?
Qu'tu voulais pas la blesser, qu'tu voulais leur donner c'qu'elles voulaient, qu'elle est fragile, pis que tu savais pas comment l'dire...

Innocent... On peut dire que t'as atteint ton objectif...
Retourne donc te crosser, à c't'heure.

mercredi 22 avril 2009

envie
d'écouter The Cure en se beurrant la face d'eyeliner et de rouge à lèvres; d'être une folle-au-chat qui se mettrait toute nue en dansant sur une musique qui n'existe que dans sa tête; de tenir le chat contre ses seins, en le flattant comme une automate, le regard pendu au mur; de se mettre en p'tite boule sur un plancher froid et humide en récitant une comptine malsaine; de s'éclairer aux chandelles et de se conter des histoires de peur; d'écrire du mauvais Baudelaire comme quand on avait 17 ans; de maudire les garçons et les histoires d'amour qui n'en sont pas au bout du compte...


on se contentera d'une douche brûlante en s'disant que ça finit toujours par passer.

on écrit comme l'on vit

on écrit comme l'on vit
comme on peut
mal
sans majuscules
sans ponctuation
sans souffle
avec un sourire
en braillant

on fait des fautes niaiseuses
trop de mots pas assez
difficile de trouver le juste milieu

on écrit comme l'on vit
pour les autres
pour garder ça secret
sur du papier fin
dans des carnets grossiers

avec de l'emphase
de la discrétion
pour provoquer
pour être aimée


mercredi 15 avril 2009

Salope/malpropre

Tu seras une salope,
j'serai une malpropre.

J'en ferai un carnet, d'nos aventures, que j'remplirai de marde et de mots qu'on ne dit pas à grand-maman.

'Est morte, j'le sais ben... Braille pas.

En tout cas.

Au début, j'ai pensé que c'tait une hémorroïde, parce que j'en ai jamais eu et que ça faisait mal quand j'y touchais.

T'as été constipée?

Non... ça fait que j'me suis dit que ça d'vait être le rasoir.
Ça m'fait ça aussi des fois.

J'les rase pour avoir une belle craque en doggy style, you know, pour faire clean, même quand j'suis sale. I' pourra pas dire qu'j'ai jamais rien fait pour lui.

mardi 14 avril 2009

Le val et le Nil

être ta pute

titiller ma langue

la maîtriser

la violer

pour qu’elle crie



dire n’importe quoi

des mots d’amour

c’qui te plaira

comme ça va

comme ça vient



te faire des yeux battants

me regardes-tu

tu vrilles dans ma tête

vrille-moi l’ailleurs



c’qui te plaira

comme ça va

comme ça vient

samedi 11 avril 2009

Le pouvoir des mots

C'est peut-être parce que j'étudie la littérature et que depuis mon enfance, j'ai aimé baigner dans le langage, mais je trouve que les mots ont un pouvoir qu'on ne peut négliger. Ce que je trouve dommage, c'est que bien souvent, peu de gens en ont conscience, et s'expriment sans se soucier de la symbolique des mots utilisés.

Palomar a pris l'habitude de se mordre trois fois la langue avant d'affirmer quoi que ce soit. Si, à la troisième fois, il est encore convaincu de ce qu'il allait dire, il le dit: sinon il se tait. De fait, il passe des semaines et des mois entiers en silence. (Palomar, Italo Calvino)

Au lieu de dire pour dire, il faudrait penser ce que l'on dit.
Les affects sont peut-être véritables sur le moment, mais bien des émotions ne perdurent pas dans le temps. Les émotions ne sont que de passage. Il est possible d'exprimer ses sentiments, mais en prenant bien soin de dire qu'il s'agit d'un état passager, qui risque de changer.
Cependant, il y a des états qui perdurent, et ceux-là doivent être exprimés avec justesse.

Cessons de se faire croire des choses, voilà!
Prenons conscience que pour entrer dans une véritable communication avec quelqu'un d'autre, il faut, oui, taire ce qui n'est pas nécessaire, par souci de pertinence, mais dire ce qui nous semble important d'être exprimé, sans censure. Ne perdons pas de vue que l'autre n'a que nos mots pour juger de ce que l'on pense... Il y a les actes bien sûr, mais si ces actes sont en opposition avec le langage, personnellement, je ne saurai trop quoi penser.
À être convenable, on n'exprime plus que des banalités.

Comment serait-il possible de s'aimer en toute honnêteté, si on ne fait que se dissimuler derrière des mots qui agissent comme des façades?
Il faut savoir retirer son masque, avec ceux que l'on aime, et ne pas craindre pour notre moi, tout nu, secoué de ne plus être surpuissant.

lundi 6 avril 2009

elle a sa gueule des mauvais jours
depuis une semaine
elle ne parle qu'en monosyllabes
et rit pour leur faire plaisir

s'assumer, s'assumer
ben facile à dire
qui se jetterait en bas d'une falaise,
s'il avait peur de se blesser?

faut pas y penser
faut avoir confiance
qu'on va en crever
pis que ce s'ra pas grave.

samedi 4 avril 2009

Eh...

boire d'la slush jusqu'à en avoir mal au ventre
se bourrer de crème glacée molle pis avoir mes doigts collés
les essuyer sur ton t-shirt, sans que tu sois fâché
écraser ton restant dans ma face pis faire semblant d'être offusquée

frapper des balles sur mon terrain en campagne
pas trop travailler pour pas s'faire chier
s'étendre sur des plages-pas-californiennes
aimer ça quand même
t'enterrer dans le sable pis te chatouiller les pieds

marcher la nuit avec une bouteille de rouge
être ivres avec les constellations qui tournent
ne reconnaître que la Grande Ourse
faire l'amour quek'part parce qu'on se trouve beaux

aller dans le Vieux-Québec
faire les touristes pis s'prendre en photo
chiller au festival de jazz
se prendre des pintes sur une terrasse
pis des poutines au Ashton

te voir en bermudas pis en gougounes
puer la crème solaire
aller à New-York parce qu'on a l'temps

lire des bouquins au soleil
dormir collés même s'il fait chaud
écouter la pluie la nuit
ou les criquets

manger du barbecue
écouter le nouveau cd des 3 gars su'l sofa
pas trop penser à l'avenir
parce qu'on est bien pis qu'on l'sait



c'est plate que tu partes
y a pas d'autres façons de le dire

mardi 31 mars 2009

j'ai mis mon manteau je m'apprête à partir on ne m'attend nulle part on m'y espère peut-être
mais je n'en sais rien en fait je t'écris sans ponctuation pour que tu le lises d'un souffle je t'écris sans majuscule pour que tout ait la même importance et que ce ne soit pas trop facile à lire surtout pas facile à lire un brouillon un flux d'idées comme ça va avec mon sentiment du moment

aujourd'hui je me sens cynique je me sens noire mais sans que j'aie envie de pleurer je me sens noire mais je me sens bien comme il faut peut-être encore un peu moins naïve seulement
tout me semble commun et je les trouve prévisibles les histoires les soupirs les gens les baisers convenus les mots doux les caresses les espoirs les craintes ça ne m'impressionne plus
tout me semble malhonnête mais j'aimerais ça y croire encore parfois comme les gens qui aiment en aveugles pour m'esclaffer pour rêver et je fais semblant d'être surprise il n'y a jamais eu de folies les choses se passent comme elles se passent partout à travers le monde l'histoire de la passion du commun du réchauffé
comme dans ces mêmes films aux mêmes scènes où il n'y a que les personnages qui changent et l'on montre Central Park toujours avec des amoureux qui y croient y croient donc à leur amour et des courbettes et des sourires et des manteaux en laine et des regards en biais et on parade comme des paons
tout le monde se sent unique parce que tout le monde pense vivre les choses d'une façon telle que personne ne les a jamais vécues et au fond personne n'est honnête là-dedans et tout le monde s'aime avec les yeux fermés

il y a longtemps j'ai tué les papillons dans mon ventre en même temps j'en ai perdu mes illusions en même temps j'en ai perdu mes rêves d'enfance en même temps j'ai su que je n'aimerais jamais plus avec l'innocence du premier amour et voilà je me dis qu'en toute honnêteté maintenant en toute vérité avec ma raison avec le temps qui a passé et sous preuves justificatrices je peux te déclarer que je ne te dirai jamais des je t'aime comme les autres

Quand on prend le temps de penser le temps. (2)

Il marche en avant, avec son air sûr de lui.
Avec l'air de savoir où il va, comme si c'était si simple.
Comme si on passait pas sa vie à se chercher.
On n'est jamais perdus, c'est vrai, mais on se cherche quand même.

Moi, j'suis à l'arrière, je cours.
Le temps ne se retourne pas, ne me sourit pas.
Il m'éreinte, il me creuse la peau, pendant que j'creuse mon lit.

À 50 ans, j'me disais qu'on devait avoir l'impression d'avoir vécu.
Mais mon père m'a dit que sa vie a déboulé à partir d'la vingtaine.
Que ça faisait peur quand on s'dit que ce qui nous reste à parcourir, est moins long que le chemin parcouru.
Que les années qui passent le moins vite sont celles de l'enfance.

Celles où l'on ne fait que jouer, sans penser à l'avenir,
où l'on se contente d'être, sans chercher à devenir.

vendredi 27 mars 2009

Quand on parle trop vite

Mes mots, quand j'les dis, j'les garoche.
Ça fait que parfois, j'en lance que j'aurais dû garder.

Ce que je t'ai dit, tu t'rappelles,

que je déménagerais encore pis encore
que j'veux un harem de garçons à mes pieds
que je m'exilerai en Sibérie, pour y crever
que j'en ai marre de toi, pis des études, pis d'ma vie
que j'crois pu en rien, que j'en ai pu l'goût.


C'étaient des conneries, encore une fois.


Quand j'y pense pour vrai,
j'aimerais que tout demeure

avec le temps,
nos vies,
nos départs,
en d'autres bras,
nos sourires,
nos cris,
et la poésie.

mercredi 25 mars 2009

Quand on est la caverne d'Ali Baba

Elle est celle qu'on embrasse quand personne ne regarde.
Celle qu'on ne présente pas à ses parents.
La fille des cœurs gris.

Elle, c'est un feu orange, mais elle ne brûle pas.
Elle est celle qu'on ignore et sur laquelle on passe vite.

On ne s'y attarde pas.
Elle n'est pas un musée.
Ses trésors sont gardés loin des visiteurs indiscrets, ceux-là
qui se disent connaisseurs, mais qui sont toujours cons.

mardi 17 mars 2009

Ils l'ont dit mieux que moi. (2)

Et pourtant aurais-je trouvé, il y a quelques mois, toutes ces bonnes raisons pour ne point partir! L'attrait de l'inconnu était alors si grand pour moi! Aujourd'hui l'idée de l'exil, d'une solitude attristerait toutes les heures de mon voyage. Autrefois, elle ne m'eût même pas effleuré. On ne connaît pas de solitude avant d'avoir aimé.
Et l'exil, c'est surtout l'absence de cet amour dans un pays où rien ne vous le rappelle.

Hugues Rebell - La Câlineuse.

lundi 16 mars 2009

Quand on se sent con et qu'on culpabilise de sa connerie

On est assis sur ton lit défait.

J'fume une clope.

Y'a toé qui brailles comme une chienne, dans la masse de couvertures.

Parce que, des fois, tu peux pas t'empêcher d'être conne.

Ça, c'est toi qui le dis.



- Y'en a qui le sont tout le temps, cons, tsé.

Ça, c'est moé.



- Ben, justement, ils existent en cons... Si ça se trouve, y'en n'ont même pas conscience de leur connerie.

- T'aurais envie d'être conne sans le savoir, toi?

- Non.

- Ben, ferme-la. T'es assez lucide pour te rendre compte que tu l'es, c'est pas pire.



Tu souris pas.

J'peux pas grand-chose contre tes sales gueules.

Y'a toi qui ris pis qui pleures comme une enfant, avec éclats, toujours.

Y'a toé que j'dois ramasser quand tu penses que t'es une loque.



- La vision que t'as d'toi, coudon, c'tu un tas de marde collectif, qu'on peut malaxer pis modeler comme on veut? C'tu les autres qui font ce que t'es?



Tu me regardes longtemps, pis tu me dis, avec ta voix qui vacille:



- J'sais pu trop qui j'suis, man. J'sais pu, j'te dis.



Là, y'a moi qui écrase la clope pis qui te prends dans mes bras.

Arrête de douter de toi.

Arrête de vouloir plaire à tout prix.

Fais à ta tête, envoie-les chier.



Y'aura toujours quelqu'un pour t'aimer.

Y'aura moi.

samedi 14 mars 2009

Quand on croit s'être perdus

Reconstituons cette époque où les GPS n'étaient pas répandus.


Mon père:
"J'PEUX PAS CONDUIRE PIS LIRE LA CARTE EN MÊME TEMPS, CÂLISSE!"

Ma mère, dans un ton presque aussi courtois:
"ARRÊTE DE CRIER, 'FAUT TOUJOURS QUE TU SCRAPPES NOS SORTIES!"

Ma mère fait partie de ceux qui n'ont jamais su lire une carte, qui ne veulent pas l'apprendre, et qui n'ont pas de permis de conduire.
Mon père fait partie de ceux qui n'ont pas vraiment d'indulgence, et aucune patience pour apprendre quoique ce soit à quelqu'un qui ne veut rien savoir.

Il y a ceux qui sont assis à l'arrière.
Là, c'est nous, je veux dire: mon frère et moi.
On ne s'engueule pas, nous autres.

J'sais juste que la fumée de cigarette nous pique les yeux.
On dit qu'on étouffe dans la boucane.
Ils ouvrent les fenêtres, mais ça change pas grand-chose.

On s'raconte des histoires, on s'fait des mimes, on chante.
Pis mon frère finit toujours par s'endormir sur mon épaule.
Sa tête est lourde, j'essaie d'la repousser doucement, pour me dégourdir.
Mais, la plupart du temps, j'la laisse là, parce qu'il a l'air bien.

Je regarde le paysage défiler et fais rouler ma main dans le vent.
Mon frère bave, mais j'lui en veux pas.
Je l'aime bien, même s'il chie dans le bain,
même s'il me lance du sable dans les yeux.

J'comprends pas trop ce que c'est que de se perdre
pis j'sais pas pourquoi on s'engueule pour ça.
Ça m'semble pas tellement important.

Il fait beau.
Il fait chaud, pis on s'en va au zoo de Granby.
Arrêtez donc de crier.


***

Mes parents ont fini par se quitter.
Mon père m'a appris à lire les cartes, pis j'suis devenue sa copilote.
Maintenant, j'me dis que lorsqu'on se donne la peine d'apprendre, de faire... Tout va beaucoup plus rondement.

Plus vieille, j'ai obtenu mon permis et j'me suis rendue compte
qu'on n'est jamais vraiment perdus.
Les gens ont ce sentiment, je pense, parce qu'ils se sont conditionnés au rapport espace/temps. Être LÀ où il FAUT, à un moment qu'ils ont décidé.

Pour se perdre totalement, il faudrait ne plus avoir d'existence physique, ne plus pouvoir se mouvoir dans le monde matériel. Mais c'est rare, je pense.

Généralement, nous sommes dans un endroit et à un moment donnés.
Être ailleurs que là où on devrait être, être dans un endroit inconnu, ce n'est pas se perdre.

samedi 7 mars 2009

Quand on se conditionne

Si tu baises
Tu joues
Tu mens
Tu lis
Tu pisses
Tu chies

Si tu jouis
Tu parles
Tu bois
Tu saignes
Tu chantes
Tu voles

Si tu dessines
Tu apprends
Tu achètes
Tu visionnes
Tu embrasses
Tu meurtris

Si tu vagabondes
Tu déménages
Tu confectionnes
Tu téléphones
Tu affectionnes
Tu intéresses


Si tu vis...
Pourquoi tu t'sens comme un automate?

samedi 28 février 2009

Quand on cesse de boire


Tu te réveilles sans soleil,
la bouche pleine de souvenirs.

Les reflux flous de sperme, de sueur et d'alcool,
les taches sur les draps, sur ton ventre,
l'odeur étouffante de la chambre,
comme arguments.

On ne parle pas de délicate madeleine, ça n'a rien à voir,
t'as l'air inquiétant qu'ont les anciens comateux.

La bouteille de vin traînant sur la table de nuit
et la coupe, que tu emplis,
te convainquent des aveux ridicules que tu lui as faits.

Ta sélection de songs to fuck joue toujours en boucle,
comme un carrousel qui rend fou.

T'as mal au cœur.
Arrête de boire.
Tu n'vomiras pas tes amours-défaites.

Va t'étendre dans ce lit vide
t'éteindre comme une étoile morte.

lundi 23 février 2009

Regard coulé en biais
du mercure dans ton foie
tu la veux Bel objet
loin d'être une oeuvre d'art

ses lèvres closes en un sourire
ses yeux fardés de tes désirs
tes mains habituées aux caresses
sur ce corps comme les autres

elle pleure quand elle jouit
et tes yeux brillent comme si...

elle te fera vivre
tout c'que tu voudras croire
ton sexe dans sa bouche
faite sur mesure

un jeu
elle répète
avec son air gamin

tu ne l'aimeras jamais
et elle le sait.

dimanche 22 février 2009

elle rêve de le faire chier
à coups de masse
dans le bas-ventre


elle rêve de l'émasculer
sans majuscules
sans dentelles


d'un coup grossier
de machette rouillée
sur ce sexe


qu'elle tranchera
pour l'en gaver
jusqu'à c'qu'il vomisse.

lundi 16 février 2009

Quand on prend le temps de penser le temps.

Voilà, il se souvient de ses dix-sept ans.
Cet âge impétueux où l'on se croit poète, où l'on se voit messie, où l'on croit à notre potentiel sans un sourcillement.
Un coeur à embrasser toutes les causes humanistes, il se rappelle.
Cette volonté qu'il avait de sauver le genre humain, et les animaux, et l'environnement, et les arts. Il y croyait, à la paisible beauté.

Son allure d'enfant bohème.
Les cheveux longs, ses rastas, sans un poil au menton.
Ça le fait sourire, malgré lui.

Il traînait sur le terrain du Cégep, entre ses cours de politique et d'économie, une bière à la main, une cloppe à la gueule, et des cigares, parfois, pour faire changement.

Il s'est cherché, pendant trois ans, un métier à aimer, quelque chose de pas trop chiant, quelque chose de pas trop écoeurant.
Rien trouvé.

Alors, il a voyagé, pour voir le monde, pour être moins con, il disait.
Y'est revenu les yeux cernés, pochés, crevés, le teint vieilli de quelques années.
Il ne souriait plus souvent.

Maintenant, il approche la trentaine.
Vit dans un deux et demi, y'a pas besoin de quoi que ce soit, il dit.
Convaincu de n'avoir plus rien à aimer,
excepté ses vieux disques et ses cigares, pour passer le temps.

samedi 14 février 2009

Quand on veut lire l'amour.

Aimer une personne, c'est se donner la peine d'être génial, d'être tout ce que l'on croit possible, pour l'épater.
Aimer, c'est risquer la totalité.

C'est être assez lucide pour comprendre que les sentiments sont provisoires...
mais assez fou pour vouloir prouver le contraire.



Aimer : cette angoisse de la péremption, conjuguée au désir de perdurer.



Aimer, c'est se sentir bénéfique, justifié, quand l'autre pose son regard sur nous.

Aimer, ce n'est pas se restreindre à l'exclusivité : c'est se choisir mutuellement, chaque jour, dans l'univers infini des possibilités.

Aimer, c'est rarement dire "Je t'aime"
mais bien souvent, c'est taire ce que les mots ne peuvent exprimer.

mercredi 11 février 2009

Quand on se sent philosophe et un peu seul.

T'es encore jeune.
Début vingtaine et un visage d'enfant...
et ces sourires que tu y déploies pour plaire aux gens.



Ces gens que tu repousses farouchement.

Ces gens qui te donnent envie de vomir,
et toujours envie de crever.

Ces gens dont tu ne te soucies pas,
mais pour qui tu pleures, les nuits d'insomnie.

Ces gens pour qui tu fais tant d'efforts malgré tout.



Tu te broies le coeur pour leur jouissance.
Ils te tiennent dans cette paume, qu'ils referment peu à peu.

T'es encore jeune, mais un peu moins frais.
Début vingtaine et un visage d'adolescent.

Parfois, tu t'sens comme un vieillard,
trop usé, trop seul, pour croire à la pérennité des choses.

vendredi 6 février 2009

Quand la vie est une femme hideuse qui te baise.

Aujourd’hui, tu traverserais l’intersection sans regarder sur les côtés. Tu fermerais même les yeux, pour ne pas être tenté de tricher, et te boucherais les oreilles, pour ne rien prévoir.

Aujourd’hui, tu tournerais toute la nuit dans le sens contraire d’un carrefour giratoire, vêtu de noir et cagoulé.

Tu marches en pleurant. Tu réfléchis encore, et c’est toujours trop. Il fait froid. Tu as les cils givrés et les lèvres gercées. Il y a du sang qui en coule, de tes lèvres. Tu te sens comme une plaie.

Un homme vient vers toi.
Tu imagines que sa main droite, dans la poche, tient un poignard.

Tu imagines que tu seras sa victime.
Un coup à l’aine, tu espères, pour te remettre les idées en place.

Tu as la lame sur la gorge, pourtant, et tu appuies sur le métal froid pour l’enfoncer.
Il est, l’homme, un peu ahuri, et tu éclates de rire, avec ce qu’il te reste de gorge.

Mais il passe, en fait, sans sortir son arme. Tu as envie de le suivre, de lui toucher l’épaule en lui demandant s’il tient un couteau… Mais tu ne le fais pas.

Tu te contentes d’avancer avec ce corps anesthésié par le froid et l’amertume.
Il y a, là, un boulevard à traverser.
Quatre larges voies.

Tu fermes les yeux, tu écrases tes mains sur tes oreilles, comme pour les réchauffer, et tu te dis : « Je compte jusqu’à dix, et je m’élance quoiqu’il arrive. »

Les secondes s’écoulent lentement. Elles semblent toujours longues dans l’attente.
T’es une roulette russe.

Neuf. Dix.

jeudi 22 janvier 2009

Ils l'ont dit mieux que moi.

Rien n'est vrai, rien n'est faux ;
tout est songe et mensonge,

Illusion du coeur qu'un vain espoir prolonge.

Nos seules vérités, hommes, sont nos douleurs.


Alphonse de Lamartine