vendredi 6 février 2009

Quand la vie est une femme hideuse qui te baise.

Aujourd’hui, tu traverserais l’intersection sans regarder sur les côtés. Tu fermerais même les yeux, pour ne pas être tenté de tricher, et te boucherais les oreilles, pour ne rien prévoir.

Aujourd’hui, tu tournerais toute la nuit dans le sens contraire d’un carrefour giratoire, vêtu de noir et cagoulé.

Tu marches en pleurant. Tu réfléchis encore, et c’est toujours trop. Il fait froid. Tu as les cils givrés et les lèvres gercées. Il y a du sang qui en coule, de tes lèvres. Tu te sens comme une plaie.

Un homme vient vers toi.
Tu imagines que sa main droite, dans la poche, tient un poignard.

Tu imagines que tu seras sa victime.
Un coup à l’aine, tu espères, pour te remettre les idées en place.

Tu as la lame sur la gorge, pourtant, et tu appuies sur le métal froid pour l’enfoncer.
Il est, l’homme, un peu ahuri, et tu éclates de rire, avec ce qu’il te reste de gorge.

Mais il passe, en fait, sans sortir son arme. Tu as envie de le suivre, de lui toucher l’épaule en lui demandant s’il tient un couteau… Mais tu ne le fais pas.

Tu te contentes d’avancer avec ce corps anesthésié par le froid et l’amertume.
Il y a, là, un boulevard à traverser.
Quatre larges voies.

Tu fermes les yeux, tu écrases tes mains sur tes oreilles, comme pour les réchauffer, et tu te dis : « Je compte jusqu’à dix, et je m’élance quoiqu’il arrive. »

Les secondes s’écoulent lentement. Elles semblent toujours longues dans l’attente.
T’es une roulette russe.

Neuf. Dix.

2 commentaires:

  1. Quelle belle écriture! Tout coule sereinement comme l’eau limpide d’un ruisseau... Comme il est plaisant de vous lire. Beaucoup de talent! Bravo! Je reviendrai.

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  2. Eh bien, merci, j'apprécie réellement! :)

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